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Témoignage Jacqueline Fleury

Résistante versaillaise aux côtés de ses parents et de son frère dès 1940, Jacqueline Fleury est arrêtée le 29 juin 1944. Internée à la prison de Fresnes, elle est déportée le 15 août 1944 dans l'univers concentrationnaire.

Résistance et déportation

Résistante versaillaise aux côtés de ses parents et de son frère dès 1940, Jacqueline Fleury est membre du mouvement de Résistance "Défense de la France". Elle participe à la diffusion de journaux clandestins. Arrêtée le 29 juin 1944, elle est internée à la prison de Fresnes avant d'être déportée, le 15 août 1944, au camp de concentration de Ravensbrück.

Le travail forcé

Affectée aux kommandos extérieurs pour femmes du camp de Buchenwald, elle raconte les conditions de travail.

Témoignage recueilli lors d'une intervention devant les collégiens de Thouars en janvier 2012 par le Centre Régional "Résistance & Liberté"


L'évacuation du camp à l'approche des armées de libération Alliées

Jacqueline Fleury décrit la marche d'évacuation que les nazis imposent aux déportés pour éviter que ceux-ci ne tombent aux mains des Alliés et ne témoignent de ce qu'ils ont vécu. Les déportés ont surnommé ces marches forcées les "marches de la mort".

Transcription du témoignage recueilli lors d'une intervention devant les collégiens de Thouars en janvier 2012 par le Centre Régional "Résistance & Liberté".

« Le 13 avril 1945, troupes alliées avaient déjà pénétré déjà depuis un certain temps à l'est comme à l'ouest. Il va y avoir des combats absolument partout. Les premiers camps qui vont être évacués pour ces routes que nous appelons entre nous les routes de la mort, ce sont les camps de l'est. C'est à dire que c'est l'armée Russe, l'armée rouge qui va arriver la première dans les premiers camps, notamment Aushwitz-Birkenau. En Pologne il y avait des forteresses, des prisons allemandes dans lesquelles se trouvaient des résistants et des résistantes qui vont partir dans la neige, et pour beaucoup nus-pieds, et qui vont parcourir des kilomètres et des kilomètres. Nous, le 13 avril 1945, alors que nous sommes dans ce camp épouvantable, que nous mourons de faim, nous allons être mis en colonne 5 par 5, avec la permission de garder nos infâmes couvertures, un morceau de pain, et une charrette sur laquelle les SS vont mettre leur paquetage - vous savez les soldats ont toujours un sac à dos, extrêmement lourd - quelques malades, nous allons partir du camp pour ce que nous appelions une marche de la mort.

Pour nous, cette marche de la mort va durer du 13 avril au 9 mai. Vous ferez le calcul. Nous allons essayer de nous évader une première fois, nous seront reprises. Quand je dis "nous" il s'agit de maman et de deux compagnes avec qui depuis le début nous avions toujours été ensemble. Ce sont des sœurs, je dirais plus que des sœurs, on recherche toujours un nom qui convienne à ces amies qui ont toujours été si proches, qui nous ont aussi un peu aidées. Là aussi on s'est tendu souvent la main pour marcher ou pour faire des travaux impossibles. Et là donc il n'est pas question de s'évader les unes sans les autres. Quand on ne marchait pas, on était abattues. Tous ceux qui ont fait les marches de la mort ont vu... Moi je dis que l'Allemagne est un immense cimetière car il est mort pendant ces marches, plus de déportés que dans le camp. Si vous regardez une carte, vous serez effrayés par la surface que cela représente.

Nous nous étions à côté de Leipzig et on nous entraîne vers la Tchécoslovaquie. Nous sommes encadrées de soldats armés, de nos Officierin et leurs chiens. Quand on n'avance pas, si on reste sur le bas-côté, on est tué. Moi je suis souvent attelée à cette charrette. Étant parmi les plus jeunes, c'était souvent celles qui tiraient ces malades et ces paquetages. Je ne savais jamais si au prochain arrêt je retrouverai ma mère.

En général on marchait la nuit et ils nous arrêtaient le jour. Il y a eu parmi les Françaises quelques unes qui vont s'évader assez vite. Ce n'était pas facile et en tout cas, pour nous, il n'était pas question de s'évader sans être ensemble.

Finalement, nous nous évaderons toutes les 4 et réussirons à nous cacher dans une carrière, dans une cabane à outils où nous allons être découvertes par des prisonniers de guerre français. (...) Ils vont nous sauver d'abord parce qu'ils commencent à ne plus avoir beaucoup de nourriture. Donc ils ont peu de choses à nous donner et c'est très bien parce que nous ne mangeons plus. Nous suçons des brins d'herbe, nous buvons l'eau dans les flaques... donc depuis un moment non estomacs ne marchent plus. Il y a des déportés qui sont morts parce que les gens qui vont les découvrir vont les nourrir trop. Ils vont mourir de "trop manger". J'ai des camarades qui vont être sauvées au biberon. Et ils vont nous sauver aussi parce qu'ils vont nous cacher car les soldats de l'armée rouge qui auraient du être nos libérateurs, du moins c'est ce qu'on espérait, pour beaucoup furent des violeurs.

Nous allons ensuite être emmenées en zone américaine pour y être soignées avant de regagner la France en wagons à bestiaux. C'était le cinquième voyage, mais celui-là il se faisait les portes ouvertes.

Nous allions retrouver la France et c'était quelque chose de très difficile. »

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